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4 fév 2014


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Billet

Pour l’amour des enfants

Que n’ai-je entendu à la commission sur le projet de loi 60? Entre autres, qu’il faudrait éliminer les signes religieux de l’univers des enfants,  à l’école, surtout. Parce qu’on n’est pas trop certains pour les services de garde, entre autres en milieu familial, même subventionnés…

Et pourquoi faudrait-il interdire le port de signes religieux aux enseignants-es ou éducateurs-trices qui s’occupent quotidiennement des enfants? Parce que ceux-ci sont fragiles, vulnérables, influençables et qu’il faut les protéger de modèles qui pourraient les troubler et envoyer de mauvais messages. Entendez par là : le voile, toujours le voile. Car, à vrai dire, personne ne s’inquiète d’un « mauvais » message concernant la croix ou la kippa.

Alors, parlons-en.  Une petite fille remarque que son éducatrice ou son enseignante porte un voile. Elle la questionne  et celle-ci lui répond qu’elle le fait parce qu’elle croit que sa religion lui demande de le porter. Le soir, la petite fille demande à sa maman ce qu’elle en pense. Mettons que sa maman soit catholique, plutôt non-pratiquante, ou athée. Qu’y a-t-il de si difficile dans le fait de dire; « Ma chérie, Myriam (nom fictif) porte un voile car elle pense que sa religion lui demande. Moi je suis catholique (ou athée) et je pense différemment. Tu peux nous aimer toutes les deux, les adultes ne pensent pas tous de la même façon…et les enfants non plus ».

C’est exactement ce que j’ai fait quand mon propre fils m’a demandé, il y a de cela bien longtemps, pourquoi sa grand-maman bien-aimée l’amenait à l’église et pas moi. Ma réponse l’a satisfait et je n’en ai plus entendu parler. Il avait compris le respect de  la différence, ce qui est plutôt essentiel, dans la vie.

Et quant à donner dans l’anecdote, ce qui est courant à la commission, parlons de mes petits-enfants. Zoé et Antoine, des jumeaux, ont 5 ans. Ils vont en service de garde depuis longtemps. Les premières années, c’était A qui les gardait, dans une garderie en milieu familial. A est musulmane et porte le voile à l’extérieur de la maison; son assistante le porte, elle, dans la maison aussi. Le croirez-vous, jamais les enfants n’ont posé la moindre question là-dessus. Ils aimaient A et son assistante qui étaient gentilles, généreuses, stimulantes. Et je vous rassure : Zoé a bien plus envie d’être une princesse qu’une jeune fille musulmane portant des vêtements austères.

Si nous voulions vraiment, comme société, nous interroger sur les influences que subissent nos enfants, nous serions inquiets des magasins, publicités, images sur le web qui sont remplis de stéréotypes. Dans un grand magasin de jouets très connu, on trouve l’allée des filles, rose, évidemment, et celle des garçons en bleu. Que peut-on acheter dans celle des filles? Des millions de poupées! Et dans celle des garçons? Des « transformers » et autres jeux plutôt virils. Ça, ça m’inquiète!

Dans des librairies, on trouve aussi ces stéréotypes. Des livres et des jeux de « princesse » pour les filles, des bateaux de pirate pour les garçons. On a failli avoir un concours de mini-miss à Laval et les duchesses sont de retour à Québec. Au Super Bowl, les commentateurs sportifs sont masculins et les pubs mettent « en valeur » des jeunes filles sexy.  A-t-on tant évolué?

Alors, quand le ministre Drainville demande aux enseignantes portant le voile de l’enlever « pour l’amour des enfants » (oui, c’est réel), je crois rêver. Je pense qu’une enseignante ou une éducatrice qui porte en elle un grand amour des enfants, leur donnera le meilleur d’elle-même et ne cherchera pas à leur imposer, même subtilement, une religion. C’est ce qui se vit largement, en ce moment-même, dans nos écoles et nos services de garde.

Pour l’amour des enfants, donnons-leur des rêves  et surtout des moyens de les réaliser.  Quels que soient leurs rêves, loin des stéréotypes associés à un sexe. Et faisons-leur confiance, la plupart des enfants comprennent et vivent très bien ce qu’on appelle la diversité. Les adultes  ont beaucoup plus de difficulté.

Peut-être parce qu’on ne nous a pas suffisamment enseigné la beauté et la richesse des différences dans le Québec du 20e siècle. Nous avons changé de siècle, le comprendrons-nous?

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