C’était jeudi dernier. Il faisait déjà nuit. L’Île Noire était tranquille, toujours cet étrange mélange de mauvaise musique et de bon alcool. Deux Lagavulin double vieillissement sur la table, une pinte de bière chacun, deux verres d’eaux pour la décoration et les pinottes de circonstance. Ce qui est bien avec l’Île Noire, c’est que la table est toujours pleine d’objets.
-Va ben falloir faire quelque chose après. J’me suis pas donné tout ce mal pour qu’on existe sur Internet pour qu’on ferme la shop le 9 décembre.
-Encore faut-il qu’on existe tout court le 9 décembre, toute élection est un risque dans un jeune parti. C’est très bien ce qui s’est fait sur le Web, mais il y a plein d’autres choses à faire, faut pas être obnubilé par la seule question d’Internet…
-Je dis pas que c’est tout ce qu’il y a à faire, je sais bien que le parti est plus gros que son site Web, mais on a fait des points là-dessus et si on veut continuer à se différencier faut continuer à faire du bon Web 2.0 après l’élection, contrairement aux autres.
-Hum… Y’a le processus de programme… Y’a le lien avec les futurs députés…
- Notre arrivée en chambre… La démocratie participative au niveau des circonscriptions…
-J’avoue, en effet, y’a quelque chose à faire là.
Tranquillement, la vision d’un parti politique qui utiliserait pleinement le Web pour ses activités régulière a commencé à se former au dessus des verres. Les mauvaises langues diront qu’à l’heure où j’écris rien n’est encore gagné, mais, ce soir-là, après quelques scotch, ils étaient bien visibles dans nos têtes, les premiers députés 2.0.
-Simon Tremblay-Pepin, responsable des communications
Il ya de cela trois semaines, Anne-Marie m’a demandé d’écrire un peu sur ma vie comme graphiste de Québec solidaire. Elle sait que j’aime écrire et sait aussi que mon expérience électorale a été particulière, intense et enrichissante. Mais écrire, ce n’est pas facile pour moi. Je cherche mes mots longtemps, j’efface et recommence souvent. Et puis le travail de graphisme m’accaparait tant et tellement, mes moments libres, je les passais à faire la vaisselle.
D’abord, mentionnons que je suis pseudo-graphiste. J’ai plus d’expérience que de formation et c’était clair pour moi que cette campagne serait un moment d’apprentissage intense. Des pancartes? Jamais fait. Des dépliants? Gossé sur un ou deux. Des photos dans photoshops? Euh… j’en ai déjà mis en noir et blanc, ça compte?
Mais je n’étais pas seule, pas vraiment. Dès le début, mon ami Étienne, graphiste sérieux et professionnel, jetait un coup d’oeil bienveillant à mon travail. Bob, photographe extraordinaire, m’offrait des trucs et astuces pour les photos des candidats et candidates.
Pas seule, peut-être, mais pas assistée tant que ça non plus. L’aide de mes amis se résumait surtout à une aide technique, à des sources inépuisables de connaissances. La réalisation par contre, mon domaine. Ce fut… intense. Maintenant, à une journée du vote, c’est plus tranquille.
Le travail a commencé une semaine avant le déclenchement. D’abord, faire les pancartes pour Gouin et Mercier, puis préparer les dépliants nationaux. Ensuite, répondre à la demande de toutes les circonscriptions du Québec qui me contactaient. Toutes les pancartes, la grande grande majorité des dépliants, la majeure partie des publicités, de Hull à Rimouski, en passant par Rouyn-Noranda et Chicoutimi. En tout, environ 50 circonscriptions m’ont demandé de l’aide.
Tout le monde veut son matériel pour demain. On les comprend. La campagne n’est que de 33 jours, on ne veut et on ne peut perdre du temps. Pour moi, seule dans mon bureau avec ma machine à café, c’est un casse-tête. Je me donne 24 heures comme délai pour chaque commande. Souvent, je réussis à le faire en moins. Parfois on me donne des délais extrêmement serré que je fais tout pour respecter. Des fois, je dois exiger une extension. Des fois, je dois exiger une extension. À chaque fois que ça arrive, je me sens mal de retarder leur campagne.
Je ne devrais pas. Du moins, c’est ce que m’ont fait comprendre toutes les personnes avec qui j’ai eu la chance de travailler. Puisque c’est la première fois que Québec solidaire se dote d’une graphiste pour toute la campagne, je n’ai rien à quoi me comparer. Je ne peux juger mon travail qu’aux commentaires qu’on me fait. Et c’est positif, très positif. Bien sûr, quelques accrochages ici et là.
Par contre, ils sont dilués dans le flot de gentillesse et de patience de toutes ces personnes que je n’ai jamais rencontrées et qui me demandent de l’aide pour réaliser leurs projets de fou. C’est avec un énorme plaisir que j’ai fait les autocollants pour l’autobus de Patricia Tremblay de Orford. C’est avec malice que j’ai préparé la photo pour les pancartes de Bill Sloan de Saint-Laurent. C’est avec conviction que j’ai préparé les pancartes recyclées de Guy Leclerc de Rouyn-Noranda-Témiscamingue.
Mais même pour les projets « ordinaires », les pancartes, dépliants, encarts et publicités… J’aimerais nommer toutes les circonscriptions avec lesquelles j’ai travaillées, tellement j’ai aimé ce contact avec les campagnes électorales locales à travers le Québec… Je regarde mes 6 GO de campagne qui sont sur mon disque dur, et à chaque dossier, je souris.
Je n’ai pas toujours autant souri, quoique le sourire n’était jamais vraiment absent. Seulement… se lever à 7am pour prendre les commandes et se coucher à 2am en espérant avoir fait son possible et n’oublier personne, ça fatigue.
Mon billet sur ce blogue est long, mais c’est tellement de jours et d’heures de travail que je résume ici. Tellement de personnes que je veux remercier publiquement. Je terminerai donc en mentionnant trois graphistes bénévoles qui m’ont donné un sacré coup de main et m’ont permis quelques siestes bien méritées. D’abord, Sébastien, sorti de nul part, qui m’a offert quelques heures par-ci par-là. Ensuite, Maïa qui a proposé ses services de mise en page pour des cartes de Noël et des affiches (la soirée électorale, c’est elle!). Et finalement, Pierre à Trois-Rivière, qui a pris à son compte tout le graphisme de la Mauricie en faisant confiance à mes commentaires et mes suggestions. À tous les trois, votre patience à mon égard et vos disponibilités ont été inestimables.
Merci, donc, à ces graphistes camarades, à mes amis professionnels, à Sabine dont le travail à l’impression tient du miracle et à toutes les personnes qui se sont occupé de s’assurer de la production de matériel. Cette expérience aura été pour moi quelque chose de très beau. Je m’imagine déjà radoter aux prochaines générations le plaisir que j’ai eu, « dans le temps », à cette élection historique où nous avons fait entrer les permiers Solidaires à l’Assemblée Nationale.
-Eve-Lyne Couturier, graphiste militante et candidate dans Matapédia
J’ai jamais été capable, tout au long de ma jeune vie, de faire un budget et de le respecter. Le seul domaine dans lequel j’ai eu quelques succès avec l’exercice du budget, c’est le monde culinaire. Et j’ai même pas eu besoin de l’Anarchie Culinaire de Bob le Chef pour me faire la main, livre qui est fort respectable. Reste que c’est toujours une intense et inoubliable experience que de faire la cuisine pour 13 personnes. Intense par l’ampleur de la tâche, mais aussi par les limitations budgétaires et spatiotemporelles. Inoubliable, étant donné que je suis assuré de retrouver encore dans un an des résidus de bouffe sur les murs, en arrière du four et qui sait, peut-être meme dans ledit four. Toujours pratique d’avoir des restes certaines et certains me diront avec raison. Le vrai défi a été pour ma part de faire une quantité de bouffe suffisante et non excessive. Ayant un grand coeur de communiste, j’ai été porté à en faire toujours trop afin de partager, de goinfrer les militantes et les militants et de faire taire certaines mauvaises langues réactionnaires. Le résultat est probant; une poignée de gens ont eu l’énergie pour entreprendre un travail digne de l’ouverture des eaux de la mer Rouge par Moïse. Reste à ouvrir l’Assemblée Nationale.
-Gabriel L’Écuyer, cuisinier au bureau national de Québec solidaire
Le soutien aux équipes électorales et les communications internes, c’est un peu comme un centre de contrôle spatial. « Houston, we’ve got a problem » se dit ici d’une autre manière : « L’national ? Là là… j’ai pas encore reçu ma lettre du chef… si vous m’l'envoyez pas là, ça va mal aller pour moi, là….». Comme nous ne pouvons répondre « Standby, Apollo », nous répondons invariablement « Vous ne l’avez pas reçu ? Parfait, on vous l’envoie par fax et l’originale s’en vient par Expédibus ».
Claudette, la fière candidate de Frontenac et responsable du soutien aux équipes électorales, garde le fort. Olivier, l’homme-à-tout-faire, est l’heureux candidat dans l’Assomption. Ce militant écolo sympathique et qui bosse chez Greenpeace l’a trouvé bien drôle quand il a su que son rival de comté était Scott Mackay. Bernard, l’infatiguable militant de l’exécutif de Montréal, est l’homme le plus patient de l’équipe. Il répond aux militant-es le plus calmement du monde et en toute circonstance. Et finalement, il y a moi, votre humble serviteur aux communications internes qui aide le soutien aux équipes électorales. Je ne suis pas patient, je stresse pour un rien et je dis des trucs comme « roogggnnntudjjjjuuuuu » quand je reçois un courriel ou un appel dans le genre « c’est encore la faute du national !!!! ». Voilà qui me rend sympathique. Tout le contraire de Bernard.
Le « National »… cette vilaine bête ! On ne l’a jamais vu, d’ailleurs, cette entité qu’on se permet de nommer à tour de bras. Le National, c’est comme le blob… cette masse informe qui rend les gens fous.. Passons…
Mon laptop crache du Led Zep et du Bob Dylan alors que je réponds inlassablement aux centaines de courriels qui débarquent chaque jour dans ma boîte Thunderbird, tels un rouleau compresseur russe en Europe de l’Est. Comme je m’occupe également du soutien aux associations au comité de coordination national, je gère les boîtes courriel des associations non-fondées. Il y a invariablement des dizaines et des dizaines de demandes d’organismes communautaires, « au moins 5 fois plus que la dernière élections » m’a-t-on dit. Bonne nouvelle ! Il y a également ces dizaines de spams dont je tairai les intentions malveillantes. Et puis des nouvelles en provenance des associations, diverses demandes électorales, etc.
Blagues à part… il ne reste que 3 jours de campagne. Nous avons rencontré et discuté avec des dizaines et des dizaines de militantes et de militants dévoué-es. Nous nous sommes mutuellement encouragé-es. Je pense que nous pouvons dire que nous avons fait un excellent travail. Olivier et Bernard on même été en Beauce, dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, sur la Côte-Nord pour aider les candidat-e-s locaux à trouver leurs signatures. Des journées de fou, mais qui en valent la peine.
Bonne fin de campagne !
Jonathan Vallée-Payette, Comité électoral national - Responsable aux communications internes
J’ai toujours considéré que c’était plutôt con, les blogs. Sauf de rares exceptions où la valeur littéraire valait le détour, il m’a toujours semblé que c’était d’abord et avant tout une activité conçue pour rendre plus intéressantes les journées mornes de celles et ceux qui s’ennuient devant des écrans. Beaucoup d’observation de nombril au microscope électronique, de longues diatribes sur des anecdotes, des tentatives stylistiques bancales, bref, rien de très amusant. Je suis de ceux, généralement honni par les blogueurs, qui trouvent que faire des choses pour vrai est encore plus le fun que d’en parler. Comme disait l’autre : il y a, sur la blogosphère, plus affaire à interpréter les interprétations qu’à interpréter les choses, et plus de blogs sur les blogs que sur tout autre sujet: nous ne faisons que nous entre-bloguer. Un autisme généralisé quoi…
C’était avant de travailler quotidiennement à côté d’une blogueuse professionnelle. À vue de nez, les symptômes sont pires encore que ce que je croyais. On dirait une statue, mais en moins interactif.
Elle reste immobile toute la journée entouré d’un lent murmure de clavier. Si vous avez le malheur de vous adresser à elle il faudra hausser le ton, claquer des doigts et vous répéter deux trois fois. Elle vit ailleurs, dans un autre lieu.
Elle a dessiné une carte, sur un mur. Des liens entre les blogs politiques, les blogs personnels et Québec solidaire. Genre de cartographie du système de la blogosphère avec nous comme soleil. Elle se lève parfois pour compléter la carte, rapidement, avant de retourner à son clavier.
Autre étrangeté, elle rit sans raison, parle à des gens qui ne sont pas là et s’exclame que telle personne dont je n’ai jamais entendu parlé nous trouve cool ou que tel autre nous appuie. Difficile de ne pas se réjouir, sans pouvoir dire pour autant que je comprend ce qui se passe…
Dernier phénomène bizarre qui démontre qu’Internet a quand même un impact dans la réalité : notre blogueuse a reçu des fleurs. Un message anonyme : « Tu dois souvent être au bureau ces temps-ci alors je te les envoie ici ». Le perspicace personnage a réussi à faire rougir les joues de notre statue (bonne nouvelle comme elle blêmit de jour en jour). Elle a baptisé ces végétaux jaunes « Fleurs 2.0 ». Il paraît que c’est un gag…
-Simon Tremblay-Pepin, responsable des communications pour la campagne
Suite à quelques discussions et à une inspiration due à Michael Carpentier, nous nous sommes dit que ce serait pertinent de briser certains mythes que les gens entretiennent envers Québec solidaire. Voici donc une série de 10 préjugés que nous côtoyons souvent en tant que parti politique, et vous êtes invités à commenter et à poser des questions pour approfondir!
Cela dit, Québec solidaire vise à réunir la gauche et reconnaît la diversité des tendances. C’est pourquoi il existe divers collectifs au sein de notre parti dont le Parti Communiste du Québec (qui n’est pas plus stalinien que Québec solidaire d’ailleurs, car il a fait des bilans du communisme autoritaire). Celui-ci faisait partie de l’Union des forces progressistes avant sa fusion avec Option citoyenne en 2006. Les collectifs participent aux débats qui mènent aux engagements électoraux, mais une fois qu’ils sont adoptés, ils s’y soumettent comme le reste des membres.
Mythe 2: Juste sur le plateau.
Fait : Québec solidaire, c’est plus de 5 000 membres dans toutes les régions du Québec qui font vivre le parti. Depuis sa création il y a 2 ans, Québec solidaire a présenté des candidat-es dans les 125 circonscriptions du Québec. S’il est vrai que le parti obtient pour l’heure certains de ses meilleurs résultats dans l’Est de Montréal, des militant-es solidaires s’impliquent partout à travers le Québec pour faire connaître et faire grandir le parti. Comme la plupart des partis de gauche, nos appuis se concentrent dans les milieux urbains. Lors des dernières élections, Québec solidaire a obtenu des résultats prometteurs dans plusieurs villes du Québec, dont Rouyn, Québec, Hull et Rimouski.
De plus, la plate-forme contient des enjeux qui sont spécifiques aux régions, comme le renforcement des centres locaux de développement (CLD) et la prise en charge pour chaque région de la planification stratégique de ses orientations économiques. Nous souhaitons également favoriser la production et la consommation locales des aliments biologiques. Finalement, Québec solidaire tient compte des régions dans ses positions sur la nationalisation de l’éolienne, sur l’agriculture ou sur la gestion des forêts québécoises.
Mythe 3: Pelleteux de nuages.
Fait : Le cadre financier de Québec solidaire est le seul à divulguer de quelle façon le parti entend financer ses propositions électorales. Sur cette question, Québec solidaire est donc plus transparent que les autres partis. Les projets économiques de Québec solidaire, qui sont déjà en place dans de nombreux pays, permettront de relancer l’économie en donnant de l’emploi aux gens ordinaires et en leur laissant plus d’argent pour relancer la consommation. Ce sont les politiques économiques soi-disant réalistes prônées par l’ADQ, le PLQ et le PQ qui nous ont menées à la crise financière que nous vivons. Est-ce que c’était vraiment la meilleure manière de gérer notre économie ? La chose la plus réaliste actuellement est d’admettre que le marché est incapable de s’autoréguler, contrairement à ce qu’ont systématiquement défendu les grands partis. Faute d’une intervention de l’État dans l’économie, il ne restera bientôt plus grand-chose de la « réalité » que le marché laissé à lui-même est en train de dévorer, écologiquement et socialement. Dès lors, ce qui est réaliste n’est rien d’autre que ce qui est nécessaire.
Mythe 4: Pas de vrai chef.
Fait : Québec solidaire, c’est d’abord une équipe de gens compétents et dévoués pour le Québec. Le parti est dirigé par un comité de coordination national formé de 16 personnes. Les décisions ne sont pas prises par un seul individu/monarque, mais à travers des débats démocratiques, notamment avec la base lors des rassemblements. Bref, Québec solidaire est un parti démocratique, pas le parti d’une seule personne. Les porte-parole, Françoise David et Amir Khadir, participent aux prises de décisions et ont pour tâche de représenter le parti face au grand public et aux médias. Ce qui n’est pas sérieux, c’est des partis qui n’écoutent pas leurs membres.
Par exemple, André Boisclair s’est essuyé les pieds sur le programme de son parti et il a refusé d’entendre ses membres qui voulaient nationaliser l’éolien. À Québec solidaire, nous n’avons pas de chefs qui peuvent aller à l’encontre des décisions des membres, et ça nous plaît plutôt.
Mythe 5: Contre les hommes.
Fait : Ben non. Le féminisme, c’est vouloir s’assurer d’une réelle égalité entre les hommes et les femmes. Or, la structuration des rapports sociaux et économiques est toujours actuellement organisée au détriment des femmes. Pensons à l’équité salariale, à la violence faite aux femmes, à la pauvreté qui touche toujours plus durement les femmes. Les autres partis politiques, eux, ne semblent pas se soucier énormément de l’égalité des sexes. On le voit dans la répartition de leurs candidatures. Alors que Québec solidaire présente 53% de candidates, le PLQ en présente 33%, le PQ, 31%, le PVQ, 21% et l’ADQ n’en présente que 20%. À Québec solidaire, nous voulons donner aux femmes la place qui leur revient, une place égale à celle des hommes. Ce n’est pas être « contre les hommes » que de s’assurer que la société soit juste pour tous et toutes.
Mythe 6: Voter pour Québec solidaire, c’est diviser le vote souverainiste « de gauche » et faire gagner le Parti Libéral du Québec.
Fait : Le Parti Québécois est souvent à droite, parfois à gauche et il ne défend que timidement la souveraineté. Ses leaders ont, à de nombreuses reprises, appuyé le libre-échange et le néolibéralisme. Le déficit zéro de Lucien Bouchard a contribué à la désagrégation de nos services publics. Le Parti québécois ne parle que rarement de souveraineté, et lorsqu’il le fait, c’est généralement une stratégie autonomiste pour augmenter les pouvoirs du Québec dans le Canada, mais sans en sortir. Plusieurs souverainistes et électeurs de gauche préfèrent voter pour Québec solidaire, un parti qui défend à la fois la souveraineté et la justice sociale, à défaut de quoi ils préféreraient sans doute ne pas voter du tout. Pourquoi voudraient-ils être captifs d’un parti qui a trahi sa base historique et sa mission fondamentale ? De plus en plus de gens, d’ailleurs, ne votent pas, tant ils ont l’impression que jusqu’ici, aucun parti ne se souciait réellement du bien-être collectif. Si le Parti Libéral gagne, c’est parce que le PQ s’est trahi lui-même depuis des décennies, et ne réussit plus, voire ne cherche même plus à penser le Québec en dehors du néolibéralisme. Québec solidaire représente la seule opposition véritable au gouvernement Charest.
Mythe 7: Gang de granolas.
Fait : On pourrait facilement renverser ceci en disant que les gestionnaires cravatés sérieux des grands partis ont, depuis trente ans, défendu les pires farces en ce qui concerne la théorie économique, ce qui nous a menés au bord du gouffre financier. C’est à se demander si les « granolas » ne seraient pas mieux ! Mais répondons à l’objection de front. Les sympathisants de Québec solidaire proviennent de nombreux secteurs de la société : il y a des écologistes plus ou moins bruns, des travailleuses sociales d’âge variable, des universitaires engagés, des mécaniciens et des conducteurs de bétonnières. Bref, la liste est longue. Mais tout le monde est assez sérieusement préoccupé par ce qui se passe pour travailler comme des dingues, souvent bénévolement, pour construire un parti politique qui soit capable de mettre à la porte les partis traditionnels, dont tout le monde est sérieusement tanné, et enfin mettre des gens à l’Assemblée nationale dont le but est de servir le bien commun.
Mythe 8: Québec solidaire aurait dû se contenter d’être un groupe de pression.
Fait : Avec Québec solidaire, nous ne travaillons plus à tenter d’influencer un gouvernement contrôlé par un parti politique qui se bat contre la justice sociale. Nous cherchons à former le gouvernement et à élaborer les politiques qui feront de notre vision une réalité. Québec solidaire présente 122 candidat-es aux présentes élections. Quelques candidat-es ont de réelles chances d’être élu-es, en commençant par Amir Khadir et Françoise David. Nous en avons assez d’attendre des résultats qui ne viennent jamais. En 2000, Françoise David, alors présidente de la Fédération des Femmes du Québec, a coordonné la Marche mondiale des femmes (réunissant 164 pays ou territoires du monde) qui cherchait à apporter une plus grande justice sociale pour toutes et tous, contrer les violences faites aux femmes et les discriminations. La marche s’est terminée avec une manifestation de 30 000 personnes à Québec. La réponse du gouvernement péquiste de l’époque a été claire : un maigre 0,10$ d’augmentation du salaire minimum. George Bernanos disait : « On n’attend pas l’avenir comme on attend le train, l’avenir on le fait. »
Mythe 9: Québec solidaire n’a aucune chance de prendre le pouvoir.
Fait : Québec solidaire est un jeune parti. C’est en février 2006 qu’il a été créé. Comme Rome ne s’est pas faite en un jour, il est normal qu’encore beaucoup de Québécois-es ne connaissent pas encore Québec solidaire ou les idées qu’il propose. Mais déjà aux dernières élections, Amir Khadir est arrivé deuxième dans Mercier, à 1 000 votes du gagnant, et Françoise David est aussi arrivée deuxième dans Gouin, à 3 000 votes du gagnant. Aucun parti politique n’a pris le pouvoir aux premières élections où il s’est présenté. Par exemple, c’est à sa troisième élection que le PQ a pris le pouvoir. Construire une alternative est un long processus, mais c’est la seule porte de sortie vis-à-vis de l’impasse actuelle. Québec solidaire aura la patience qu’il faut pour grandir et travailler chaque jour à bâtir un parti qui aura, à terme, la capacité de prendre le pouvoir. Il faut voter pour ses convictions.
Mythe 10: Repaire d’islamistes contrôlé par Amir Khadir.
Fait : Islamiste veut dire un musulman fanatisé qui utilise la doctrine religieuse pour arriver à des fins politiques. Or, Amir Khadir est laïc. Amir a immigré au Québec à l’âge de dix ans, a étudié au Cégep du Vieux-Montréal puis aux universités de Montréal et McGill en physique et à Laval en Médecine. Toute sa jeunesse étudiante a été marquée par sa lutte contre le régime théocratique en place en Iran. Il s’est consacré depuis 1998 à la défense du système public de santé. Souverainiste convaincu, il a été candidat du Bloc Québécois en 2000. Certes, ses idées de gauche soulèvent des débats. Il pointe les inégalités et les puissants qui en sont responsables. Il est alors facile d’attaquer l’homme plutôt que de répondre aux véritables enjeux qu’il met sur la table.
Jeudi dernier, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bassin de Chambly et Le Journal de Chambly organisaient un débat public où la population a eu l’opportunité de rencontrer les six candidats qui se présentent dans la circonscription. Contrairement à la scène nationale, nous sommes privilégiés d’être traités équitablement par les acteurs régionaux. Ici, à Chambly, il n’y a pas de baillon. Les grands médias nationaux devraient prendre exemple sur l’ouverture d’esprit des journaux régionaux, les grands ont tout à apprendre des petits…
Bien sûr, on retrouvait dans la salle quelques citoyens indécis qui se sont déplacés pour se faire une meilleure idée des propositions avancées par les différents partis politiques. On doit cependant avouer que la majorité des citoyens et citoyennes présents dans la salle étaient des militants convaincus qui se sont déplacés pour appuyer leur candidat(e).
Pour moi et pour les militants de Québc solidaire, cette présence au débat public était avant tout un privilège exceptionnel : le privilège de débattre avec des politiciens chevronnés et des candidats entourés de fortes organisations, le privilège de rencontrer la population de Chambly et de leur démontrer que Québec solidaire est une organisation politique sérieuse qui a pris le temps de concevoir une plate-forme électorale bien ficelée et différente des autres partis à bien des égards.
Cette campagne électorale nous a permis de rencontrer plusieurs intervenants de la vie politique, communautaire, environnementale, agricole et artistique de notre circonscription. Nous avons appris beaucoup sur les enjeux, les problèmes et les projets auxquels les six villes du comté sont confrontés à tous les jours. C’est un privilège d’avoir eu l’opportunité de rencontrer ces citoyens et citoyennes qui sont impliqués dans leur communauté. Cette campagne électorale nous a permis de tisser des liens extraordinaires avec notre milieu. Peu importe le résultat des élections, nous en sortirons gagnants. Nous serons mieux enracinés dans notre grande circonscription (62,000 électeurs…).
Notre participation au débat public de jeudi soir dernier nous a permis de réaliser que nous avions une bonne compréhension des enjeux locaux, des propositions simples et réalisables et une approche qui tient compte des préocuppations environnementales. Notre participation à ce débat a permis aux citoyens et citoyennes présents dans la salle – et ceux et celles qui le visionnaient sur le web – de découvrir une jeune formation politique qui participe sérieusement à cette campagne électorale tout en priorisant des solutions adaptées aux réalités de la circonscription de Chambly.
Au début de la soirée, mes interventions étaient soutenues par les membres de notre comité électoral par des applaudissements modestes. Lors de mes deux dernières interventions, je sentais que la salle se rangeait de notre côté. Les militants des autres partis ont mis de côté la partisannerie pour m’applaudir généreusement. Cet appui chaleureux restera gravé dans ma mémoire jusqu’à la fin de mes jours.
Il reste encore quelques jours de campagne. C’est le temps pour nous de rencontrer les citoyens sur le terrain pour aller cherhcer quelques votes. Une quinzaine de sorties sont planifiées où nous visiterons les gares de train de banlieue, les terminus d’autobus, les supermarchés et autres endroits publics. C’est l’aspect le plus intéressant de cette campagne électorale : rencontrer les citoyens et les citoyennes pour leur expliquer d’où on vient et dans quelle direction nous aimerions aller tout en espérant qu’ils nous y accompagneront.
Bonne fin de campagne à toutes et à tous!
-Jocelyn Roy, candidat de Québec solidaire dans Chambly
Pour ma première séance de porte à porte depuis le temps où je vendais du chocolat, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. D’un côté, je ne vendrais rien aux gens, de l’autre, j’irais les déranger pour leur parler de politique alors qu’une campagne électorale ne semblait jamais avoir été aussi impopulaire.
C’est donc mardi, après un bon souper concocté par ma candidate Rosa dans Viau, que nous sommes partis à l’aventure. C’est elle, le pas léger malgré l’obscurité, le froid et une gastro (!), qui menait la marche. Je restais en retrait, craignant la pluie de tomates.
Hé bien je ne ferai pas durer plus longtemps le suspense : ça a très bien été. Je devrai faire mon ketchup moi-même. J’ai été surpris par la gentillesse et l’ouverture d’esprit des gens. Nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs personnages très sympathiques durant notre soirée, quelques-uns déjà vendus à la cause, ce qui nous redonnait de l’énergie. Je souligne au passage le sens démocratique de trois membres du PQ qui ont appuyé la candidature de Rosa.
Chaque porte, comme une jaquette de livre, s’ouvrait sur un univers unique. Pourtant, malgré les inévitables divergences d’opinion et les clivages que certains aiment exacerber pour récolter quelques voix, j’ai senti que les gens n’étaient pas si différents les uns des autres, qu’ils n’étaient pas fermés aux idées nouvelles et qu’ils se retrouvaient souvent dans ce qu’on leur disait. C’est très encourageant pour l’avenir.
Je tiens à remercier nos 120 signataires et spécialement ma candidate pour sa bonne humeur et son dévouement. Tu as raison, une femme immigrante et un jeune homme, ça fait une très bonne équipe. Au plaisir de se revoir bientôt !
Guillaume, c’est notre camarade-programmeur. C’est le seul qui serait assez dingue pour concevoir , programmer, designer et tester un site web pour nous avec ce temps de délai et bénévolement, alors qu’il a d’autres engagements ailleurs. Ça faisait un petit bout qu’on cogitait sur le fait qu’il faudrait bien faire de quoi sur le web pendant ou aux alentours du débat. En retard, sûrement, on s’est dit « ok go on le fait, Françoise va écrire, on va faire des capsules-vidéo et des militantEs répondront aux commentaires live ».
Ça a été la course pour trouver des militantEs pour être tous ensemble dans un war-room à l’UQAM avec bières, chips, routeur et nos laptops, dont un était ouvert en permanence sur le débat. Au début, on se disait que 5-6 personnes feraient sûrement l’affaire, mais on s’est ensuite dit que si on considère statistiquement que 2% des gens qui fréquentent un site postent un commentaire, on n’allait définitivement pas être assez : on a grappillé un peu partout pour finalement se retrouver à être 8.
Nous avons eu une petite réunion à 19h00, et Guillaume expliquait rapidement la procédure exacte pour modérer les commentaires, y répondre et tout. Je tapais en direct les procédures sur google talk à deux militants qui travailleraient de chez eux. Je me suis donné comme tâche de modérer les commentaires et d’essayer le plus possible de dispatcher le tout en faisant des calls verbaux. Marie, notre spécialiste des engagements et des argumentaires, volerait d’un poste à l’autre pour distribuer des arguments au besoin.
20hre : Sacrament, on est en retard ! Guillaume tape comme un fou sur son mac et parle au téléphone en même temps. Les commentaires commencent à rentrer. Beaucoup de commentaires. Au début, c’est surtout des « bravos pour l’initiative, bonne utilisation du web! » et deux « je m’attendais à des commentaires vidéos et non à de l’écriture ». Approuve-approuve-approuve. En 20 minutes, j’en ai 200. Vais voir sur Twitter, les gens sont déçus du manque de fiabilité du système au départ. On me glisse en message privé de commenter via Twitter. Dah, ben kin. Mais je peux pas, je modère comme une débile ! LAURENT !!! À l’écoute, comme d’habitude. Une bière est posée à côté de moi.
Un gars teste la modération et poste des commentaires du genre « Pourquoi vous êtes contre les juifs hein? » à partir d’adresses bidon. Indésirable, merci bonsoir. Ça fait bien rire les autres. D’autres critiquent les fautes d’orthographe. Eve-Lyne appelle au local où Françoise et les autres travaillent pour leur dire de faire attention. Un certain Frédéric Fortin réagit toutefois en disant :
« Vos erreurs de français sont invisibles si elles sont placées à côté des absurdités que nous avons entendu à l’écran ce soir. Merci pour votre initiative.
Vos idées donnent envie de se mobiliser pour un Québec Solidaire. ».
Modère, modère, modère. Tiens, J-F Dubé qui pose une question sur la place de la technologie en éducation, qui veut répondre ? Ah ben, un prof de l’UQAM. Wow, ma mère a écrit ! Un autre qui demande « POURQUOI VOUS ÊTES POUR LE RETOUR DES CAMPS DE LA MORT?!? » : indésirable, tout le monde s’esclaffe.
Laurent, ça se passe comment sur Twitter ? Je regarde un peu, je lui glisse quelques conseils. Ah ben, Yves Williams qui sort publiquement de son hibernation politique et qui se permet deux-trois commentaires. Cool.
Ça reste toujours à environ 300 commentaires même si je suis vite sur le bouton. Les gens commentent parfois en pensant qu’on supprime leurs commentaires, alors qu’on est juste pas assez pour endiguer le flot. Les cyber-militants tentent de passer le message. Ceux qu’on réussit à modérer et à qui ont répond sont toutefois vraiment contents et le signalent par un flot de commentaires ! Certains commencent même à se répondre entre eux, Sabrina et Dominique décident impulsivement d’embarquer dans le jeu de réponses entre les internautes pour nous supporter, car évidemment, ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec ce que Françoise écrit. Merci !
20h40 : ça bogue même si on rafraîchit la page. Pas pour tout le monde, mais pour certains. Low-balancing. Guillaume court, reçoit des appels : problème réglé aux alentours de 21h10.
On continue jusqu’à 21h55, ensuite c’est la fermeture mais on continue à répondre quand même. À la fin, on reçoit pleins de commentaires du type « Bravo pour l’initiative, bel essai, etc. », que ce soit du public ou de certaines personnes du milieu de la communication web. Encourageant, même si ça aurait définitivement pu être mieux. Malgré mes demandes à Guillaume, on n’a pas pu mettre des hyperliens hier pour rediriger les gens ailleurs à partir du site. Il comprenait très bien l’importance stratégique de le faire, mais sa priorité numéro un était de mettre le site en ligne, ce que je peux comprendre. Lui aussi est content, mais critique. Note : j’ai vu qu’on a quand même 141 personnes de plus sur le groupe Facebook quand je me suis levée ce matin…
Quand nous sommes partis du local, tout le monde était bien content et les gens qui nous attendaient à l’Amère à Boire nous ont fait un bon accueil. Personnellement, je suis à la fois satisfaite mais très critique, mais c’est dans ma nature de m’autoflageller.
-Anne-Marie Provost, responsable des cyber-militant-e-s et candidate dans Beauce-Sud
Ce blogue se veut un espace de conversation et de transparence entre Québec solidaire et la population en général. Les membres qui interviennent ici proviennent de différentes positions dans l’organisation du parti et de différentes régions du Québec.