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17 nov 2014


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Billet

Nous aussi

C’est avec tristesse que nous lisons depuis plusieurs jours des témoignages de femmes qui disent : moi aussi. Moi aussi un gars de ma classe m’a tassée dans un coin; moi aussi mon père m’a violée; moi aussi un homme m’a montré son pénis dans un parc; moi aussi un collègue a tenté de me peloter dans un party de Noël; moi aussi mon chum m’a battue et forcée à une relation sexuelle. Peu d’entre nous sont épargnées. Des amies proches ont été agressées : nous ne l’avons jamais su. Maintenant, nous pouvons être solidaires avec elles et les accompagner.

Tout cela donne la nausée. Ces hommes-là, et ils sont nombreux, n’ont donc rien compris? Ils croient encore que nos corps sont des marchandises malléables et jetables. Ils se croient forts quand nous sommes à leur merci. Ils donnent des ordres et on n’a qu’à obéir. C’est bien pire quand la société leur donne du pouvoir. S’ils sont patrons ou vedettes sportives ou médiatiques, comment les dénoncer?

Et pourtant, des femmes courageuses se lèvent et disent : basta! Une vague forte de prise de parole déferle dans les médias sociaux. Et, pour une fois, tout le monde écoute : des femmes bouleversées, mais aussi des chums abasourdis, des pères horrifiés, des collègues inquiets pour leurs consoeurs de travail. Enfin, on discute ouvertement de ce que les femmes, elles, savent depuis longtemps : elles ne sont pas totalement en sécurité dans une société où, pourtant, les avancées féministes sont nombreuses.

Les batailles féministes dans les quarante dernières années ont produit des fruits bien réels. Des lois ont été changées et malgré des préjugés sexistes persistants, policiers et policières écoutent davantage les victimes, les avocats et les juges posent moins de questions sur leurs comportements. Des ressources précieuses et nombreuses soutiennent les femmes victimes de violences psychologiques, physiques et sexuelles. Des organismes viennent en aide aux hommes violents.

Alors, quoi faire pour aller plus loin? Pour que tous comprennent que les femmes exigent l’égalité, la vraie, celle qui se passe au lit aussi bien qu’au travail?

D’abord, nous croyons que l’éducation sexuelle doit être de retour à l’école. Il est important d’oser aborder toutes les questions liées à l’amour et à la sexualité, y compris celle des multiples identités sexuelles et de genres. Parler d’égalité, de respect, de consentement mutuel, de plaisir partagé! Ça presse!

En ces temps troublés où le gouvernement libéral veut sabrer à la hache dans les programmes sociaux, nous devons lui rappeler que les femmes ont besoin de services sociaux et de santé pour prévenir les agressions et pour soutenir celles qui les subissent.

Nous soulignons enfin qu’une femme libre et autonome a plus de chances de faire face à l’adversité et de s’épanouir. C’est pour cela que nous réclamons des emplois à temps plein et rémunérés décemment, des services de garde universels, accessibles, de qualité et en nombre suffisant de même que des mesures législatives favorisant la conciliation famille-travail.

C’est aux actes que l’on reconnaît la valeur d’un gouvernement. Les discours ne suffisent pas!

Françoise David
Manon Massé

  • Patrick Latour

    Je ne serai pas surpris de voir qu’il y a seulement QS qui se prononce à ce sujet… C’est un enjeu primordial pour construire l’avenir. Trop souvent je suis témoin de remarques dégradantes et je m’efforce de dénoncer de tels agissements. Bravo à vous,QS! Continuez!

  • Caroline Britt

    Je suis contente de lire le mot  »éducation » dans votre texte. Vous prônez le retour de l’éducation sexuelle, en effet, c’est une nécessité. Il faudrait penser un jour à enseigner aussi l’art d’être parent. J’en ai assez d’entendre ad nauseam qu’élever un enfant ça ne s’apprend pas dans les livres. Parce que oui, ça s’apprend aussi, entre autres, dans les livres. Les enfants sont souvent des répliques de leurs parents. Le seul moyen de briser certains cercles vicieux transmis de génération à génération serait d’enseigner des rudiments de psycho dès le secondaire… Première étape: l’enfant apprendrait de bons comportements sociaux de base en garderie. Deuxième étape, devenu ado, il recevrait une éducation sexuelle appropriée et aussi des connaissances sur le développement de l’égo de l’enfant, pour quand il sera parent. On peut espérer ainsi des prises de conscience, des remises en question et une mise en chantier de changements comportementaux. Je suis certaine que cela aurait un effet bénéfique, dans tous les milieux sociaux!