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30 jan 2014


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Billet

Au nom des femmes…

La commission parlementaire sur le projet de loi 60 est le lieu d’une curieuse surenchère sur l’égalité entre femmes et hommes. Au nom des femmes, au nom de leurs luttes séculaires pour leur émancipation, les individus et groupes qui viennent témoigner, de même que les députés qui les écoutent semblent investis d’un devoir : travailler à la libération des femmes.

On dit qu’au Québec, l’égalité entre les sexes est une valeur fondamentale. Ça fait plaisir à entendre. Parce que ce n’est pas vrai tous les jours et dans tous les milieux, comme je l’écrivais dans ma première chronique. Mais je donne le bénéfice du doute à beaucoup de personnes parmi ceux et celles se réclamant de cette valeur fondamentale. Ce sont gens sincères et de bonne foi.

Sauf que… Beaucoup de raccourcis (encore!) sont employés au nom de l’égalité. Ce qui me frappe le plus : nous savons -ce nous étant celui de la majorité francophone québécoise- comment libérer les femmes musulmanes portant le voile. Car ou bien, elles sont victimes de milieux familiaux oppresseurs, ou bien elles portent consciemment un message politique rétrograde. Comme si aucune de ces femmes n’était capable d’un choix conscient, apolitique, spirituel et personnel. Je trouve cela paternaliste et je pourrais même écrire : maternaliste.

Au risque de me répéter, j’ajoute que je ne suis pas une « fan » du voile. Pas du tout. Aucune femme ne doit être obligée de se plier à des règles religieuses vestimentaires. J’espère qu’un jour, toutes les femmes de la planète pourront vivre librement sans qu’aucune religion, église ou institution politique leur dicte leur conduite. Mais je crois aux vertus de l’inclusion et du réseautage par le travail et la participation à la vie économique et sociale.

Je donne maintenant deux exemples qui devraient nous amener à réfléchir.

La Tunisie vient d’adopter la constitution la plus progressiste et libérale du monde arabo-musulman. Pourtant, que n’a –t-on pas dit et écrit sur ce pays depuis trois ans? L’adoption d’une constitution passablement égalitaire pour les femmes semblait impossible. Mais l’alliance entre femmes laïques, républicaines, non-voilées et d’autres femmes voilées mais attachées à des droits féministes historiques a fonctionné. Avec, bien sûr, l’appui de politiciens et intellectuels de gauche.

Le Maroc, maintenant. Récemment, dans un Forum interparlementaire des femmes, j’ai eu le plaisir d’entendre une députée marocaine nous parler des avancées relatives aux droits des femmes dans son pays.

Depuis 2002, l’État a l’obligation d’utiliser l’analyse différenciée selon les sexes lorsqu’il dévoile son budget. En termes clairs : ce budget a quels impacts pour les hommes, et quels impacts sur les femmes? Du jamais vu, au Québec!

En 2002, pour la première fois, 35 femmes marocaines ont été élues au Parlement grâce à l’instauration de quotas. En 2004, le code de la famille a été modifié, assurant plus de droits aux femmes. Entre autres, la notion de co-responsabilité des époux dans la famille est maintenant insérée dans le code. En 2011, le Maroc a connu une réforme constitutionnelle qui a intégré l’égalité entre les hommes et les femmes dans le nouveau texte fondateur.

Tout est-il réglé? Bien sûr que non. Par exemple, la polygamie, quoique plus sévèrement règlementée, est permise. La députée Nouzha Skalli disait : « Vous savez, les batailles sont longues et nombreuses mais nous ne lâcherons pas! »

Pourquoi est-ce que je vous raconte cela? Pour rappeler que partout, y compris dans les pays musulmans, des millions de femmes luttent pour leurs droits. Avec ou sans voile. En utilisant leurs propres analyses, leurs propres stratégies.

Est-ce que nous pourrions leur faire confiance?

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